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26e Journées Nationales d’Études de l’ANPF

21 et 22 septembre 2017

Je t’aime de tout mon « Care ». Engagement affectif et « bonnes pratiques » en accueil familial.
Centre PROUVE- NANCY

 

En accueil familial, la situation d’un enfant accueilli est toujours singulière. Elle est mouvante et imprévisible. Elle exige le temps de la « rencontre » et met à l’ouvrage le cœur de celles et ceux qui y sont engagés. Autant dire un engagement, qui pour être efficient, exige son inscription dans la durée. La loi du 14 mars 2016 insiste sur cette stabilité du parcours en mettant en avant les besoins fondamentaux de l’enfant, et en premier le besoin de sécurité affective et psychique.

S’engager à offrir à l’enfant une sécurité affective implique-t-il de répondre à son besoin d’être aimé ?

Car faire métier d’aimer tout en tenant une posture professionnelle, n’est pas si simple et la rencontre avec un enfant séparé de ses parents n’est pas un travail comme les autres.

« Nous vous demandons d’accueillir cet enfant comme si c’était le vôtre, mais nous sommes là pour veiller à ce qu’il ne le devienne pas » est-il déclaré à l’assistant familial, quand sa position professionnelle exige maîtrise, distance et technicité.

 

Même l’enfant questionne : « Tu fais cela pour moi, ou parce que tu es payé ? » C’est là « l’intrigue d’autrui » que Paul Fustier nous invitait à mettre en permanence au travail. C’est ce que font les travailleurs sociaux référents en mettant des mots et du sens sur ce qui se joue entre l’enfant et ses accueillants. Leur métier est un autre engagement. Décrypter le quotidien au cas par cas en restant capable de se laisser surprendre, constitue déjà une reconnaissance et un soutien à l’égard des assistants familiaux jour et nuit concernés voire « compromis » par ce que vit l’enfant. Mais cette posture d’écoute du référent auprès de la famille d’accueil met aussi au travail ses propres émotions. C’est même en se laissant affecter de la sorte et en soumettant à la réflexivité de l’équipe cette action en train de se vivre, que la singularité d’une situation peut être saisie et commander la spécificité des actions à entreprendre.

En accueil familial, l’engagement affectif n’exempte aucun métier. Cette réalité génère quelque chose de l’ordre d’une double contrainte Elle étend son emprise à l’ensemble des métiers et le langage s’en fait l’écho. Pendant que le discours de la gestion s’attache aux outils et à l’expression d’une neutralité qui se voudrait objective, le langage qui dit la rencontre, porte les mots, les signes, voire les gestes de l’affectivité et de l’attachement.

Car le langage au plus près de l’enfant est celui de l’ordinaire, de l’affectif. Il puise dans le registre de l’intime. Mettre en mots ce qui en relève est un exercice aussi complexe que délicat. Loin de l’abandonner à une inavouable clandestinité, il importe d’œuvrer à sa réhabilitation dans la sphère du social  et de l’inscrire résolument  dans le travail d’équipe.

Ce rapatriement s’avère difficile. Les mots de l’attachement et de la relation affective en rencontrent d’autres : ceux de l’action sociale d’aujourd’hui, marquée par des orientations engagées il y a une quinzaine d’années dans un contexte de restrictions budgétaires et de rationalisation des organisations. Accompagnées par le mouvement des professionnalisations, leur  mise en œuvre a ainsi introduit l’usage de nouvelles terminologies.

Alors que les affects des accueillants engagent bien au-delà d’un respect de procédures, bien au-delà des référentiels et recommandations de bonnes pratiques, quand la connaissance est troublée par le désir, quand le langage fait le sujet, quand l’engagement affectif n’exempte aucun métier, les acteurs du placement familial, invités à composer avec ces univers langagiers, ont à redoubler d’inventivité. Ces questions sont-elles mises au travail dans la formation des métiers du social ?

 

Dès lors, il nous a semblé que ces Journées d’Études pourraient être une occasion de nous écouter parler, d’être un moment curieux de ce que les mots nous font dire, nous font faire, voire ce qu’ils font de nous. Bref être attentifs à notre abécédaire et à ses dissonances, comme à une invitation à la mise en œuvre au quotidien de toutes les facettes d’un réel soutien psycho-social.

Soutien, dont l’absence peut enfermer dans la plainte et l’épuisement, soutien qui encourage à affronter l’incertitude des situations quand on ne sait plus au juste ce qu’il convient de faire, hormis la détermination à affiner l’action au plus près des besoins des enfants accueillis.

Peut-on reconnaître là une manière de labeur thérapeutique que Myriam David attendait de toute institution d’accueil familial ?
Ou devrait-on y voir le cœur d’un travail réel dont il est à se demander s’il peut être prescrit ?
Ou encore, le « care » serait-il l’autre nom, peu usité encore en accueil familial, de ce qui nous mobilise ?

N’est-ce pas, en priorité, prendre soin de ceux qui prennent soin ? Sans toutefois nous détourner d’une conflictualité toujours présente et toujours singulière dans l’ordinaire de l’accueil  familial. Face à cette tension, souplesse et créativité sont indispensables et ne peuvent qu’être l’affaire de tous les professionnels prenant soin les uns des autres. Des assistants familiaux aux directeurs, sans omettre référents, secrétaires, psychologues, maîtresses de maison, médecins, chauffeurs-accompagnateurs, l’interactivité doit être la règle pour que l’intelligence pratique collective reconnaisse et intègre l’engagement de chacun.

Au cœur même des services, le travail en équipe, supposant connaissance et reconnaissance de chacun, prend là tout son sens. Autour du “prendre soin” peut alors se réinventer une forme de démocratie, à la condition, comme le souligne Roland Janvier, que les institutions sachent se préserver des excès de la technocratie.

Manager des métiers engagés à prendre soin de l’enfant, n’est-ce pas, en premier lieu, conforter un climat de sécurité psychique ?
Et prévenir ce risque, n’est-ce pas, aux côtés des directeurs et directeurs généraux, prendre soin de nos institutions?

 

C’est autour de ces questions et des vastes débats qu’elles soulèvent, sur l’éthique de l’intervention, la philosophie de nos actions, les nouveaux langages qui infiltrent nos métiers, la formation des acteurs et le travail clinique engagé au quotidien… que nous vous convions aux 26e journées d’études de l’ANPF.